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Corridor resources, pétrole et gaz bon marché

10 septembre 2017 by

Ce n'est pas la première fois ni peut-être la dernière : voici une société de pétrole et gaz qui semble bon marché. Et c'est un invité qui nous propose cette analyse. Merci AJE (Alea Jacta Est), participant actif et pertinent au forum de l'IH, de nous avoir déniché cette société intéressante, et surtout merci de publier l'article sur le blog. C'est une analyse rapide, dont j'ai modifié quelques chiffres tout aussi rapidement, a vous d'en tenir compte.

Voici un article assez court sur une société rentable, sans dette, cotant quasiment à son cash net : il s’agit de Corridor Ressources.

Corridor Ressources est une petite société de pétrole et de gaz (O&G) de l’Est du Canada (dans tout cet article les $ sont des dollars canadiens, CAD). En pratique, il s’agit surtout de gaz, dans une région géographique « de niche », loin des pipelines de l’Alberta, et où la demande en gaz en hiver est forte, et difficilement couverte par la production locale.

Mais ce n’est pas pour ça que la société est intéressante du point de vue de l'investisseur value.

Suite à un moratoire sur ses activités sur l’ile d’Anticosti (en joint venture avec Saint Aubain Energie, clin d’œil au passage à ceux qui était investis sur MPI…), l’État du Quebec a dédommagé la société à hauteur de 19,5 M$ (cet investissement était comptabilisé pour 13,9 M$ dans le bilan). La news est tombée il y a un mois et est passée quasiment inaperçue : le cours n'a presque pas bougé. Le cash n’est pas intégré dans le dernier bilan, il a été reçu par la société après le rapport financier du premier semestre clôturant fin juin.

Maintenant, la société a 50,2 M$ de cash en caisse, auxquels on retire les dettes, soit 8,8 M$ de decommissioning liability (coûts de démantèlement), ce qui fait 41,4 M$ de cash net. En prenant la dilution possible des stocks options, on aurait un peu plus de 92 M d’actions. Soit un cash net de 0,45 $/action. On peut rajouter le BFR, environ 0,03 $/action.

Le principal actif de la société est un champ de gaz dans le New Brunswick. qui produit un peu plus de 4 M$ de FCF par an. La présentation aux investisseurs de août 2017 estime la durée de vie des réserves de New Brunswick à 21 ans, et une valorisation conservatrice en PDP10 à 0,49 $/action. Les PDP10, ce sont les réserves prouvées et développées avec un petit discount. C’est un indicateur réputé conservateur de la « NAV » pour les O&G. Si on valorise nous même ces réserves en prenant un déclin linéaire sur 21 ans, on peut les estimer à environ 42 M$ soit 0,46 $/action.

Ceci nous amène donc aux valorisations par action :

  • Cash net = 0,45 $
  • BFR = 0,03 $
  • Réserves prouvées et développées = 0,49 $
  • Réserves prouvées et non développées = 0,03 $
  • Total = 1,0 $.

La présentation aux investisseurs donne une valeur de 1,19 $/action au 11 août 2017, car :

  • Elle tient compte de 0,09 $ de réserves non prouvées.
  • Elle semble ignorer 0,1 $ de coûts de démantèlement (ou alors c'est le BFR qui a augmenté de 0,1 $ entre le 30 juin et le jour de la présentation aux investisseurs).

Au jour de l’écriture de cet article, il s’est échangé des titres pour 0,60 $. On voit que l’on peut acheter aujourd’hui la société à un prix couvert à 75 % par son cash net et qui représente entre 50 et 60 % de la NAV (valeur estimée des actifs nets de la société).

Les prix du gaz sont très bien couverts ("hedgés"). Dans ces régions, le prix spot en hiver est élevé, environ 3 fois le prix moyen du reste de l’année. La demande est forte. La société s’arrange pour augmenter le débit de ces points pendant cette période.

Elle possède en propre pour l’exploitation des pipelines, une station de traitement du gaz, des compresseurs (soit tout le nécessaire).

On a en prime principalement deux autres actifs :

  • Un permis en offshore. A priori, Corridor va vendre les droits d’exploitation de ce gisement contre les frais d’exploration et un pourcentage sur la future production (peut être 20/30 %). Ce gisement serait surtout intéressant s’il contenait du pétrole (plutôt que du gaz). Avec une grosse quantité de pétrole, un prix de plusieurs centaines de millions de dollars reste possible.  Mais la probabilité que ce permis soit intéressant semble toutefois faible. 
  • Les actifs de Frederick Brook Shale : une exploitation de gaz de schiste sous moratoire. L’actif pourrait reprendre de la valeur en cas de changement de couleur aux prochaines élections politiques régionales. En effet, l’opposition est pro gaz de schiste et pourrait revenir sur le moratoire.

Au total, la société a peu de perspectives de croissance et risque de faire des acquisitions avec son cash. C’est d’ailleurs ce qu’elle écrit vouloir en faire dans la dernière présentation aux investisseurs. A priori, le PDG voudrait acheter une petite société moins chère que ses réserves, en hedgeant la vente de la production. En gros, en ne prenant aucun risque.

Pourquoi ne pas s’intéresser à Chinook ou Point Loma, par exemple ?

Ceci dit, au prix actuel, on achète la société au prix d'environ 60 cents pour 1 dollar ou 1,2 dollar. Si la société vous plaît, essayez donc de l’acheter vers 60 cents, ce qui était possible cette semaine.

Déontologie : actionnaire, sans être, au total, un très grand fan. PRU = 0,61 $.

Le ticker : CDDRF ou CRH.

Attention les frais peuvent être élevés sur les penny stocks canadiennes.

Merci à Jérôme pour m’avoir fait l’honneur de présenter cette valeur sur son blog.

AJE - août 2017. 

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10 Responses to Corridor resources, pétrole et gaz bon marché

  1. AJE

    Merci à toi Jérome pour cette article mais tu en es largement le co-auteur, voir même le principal contributeur !

    Pour ceux qui aime l'énergie, je vous conseille de regarder en détail TAT (TransAtlantic Petroleum) qui m'a tout l'air d'une vrai pépite !

    Hélas je manque de temps de façon aiguë (+/- Chronique !) Mais si j'en trouve un peu, j'essayerai de vous la présenter !

    Encore Merci à Toi Jérome

  2. AJE

    Petit ajout : Pour le permis, finalement et comme je le craignais la société va débourser environ 3M pour explorer le territoire du permis.

    Ce territoire est très vaste. Il y a relativement peu de chance qu'il y est beaucoup de pétrole facilement exploitable. Mais si c'était le cas, ce permis vaudrait plusieurs centaines de millions de CAD.

    Pour les dettes de démantèlement, je me demande si ce sont vraiment des dettes qu'ils faudra payer cash un jour... tout le monde semblent les ignorer.

    La société réussi à couper la production de gaz pendant les printemps, d'ou l'EBITDA du Q2 anémique.

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